[14] (Histoire) posté le samedi 27 octobre 2007 19:06

 
 
    Jeannot, je t’adore, mais ta mère n’a jamais eu à faire des ménages pendant des années parce que ton père s’est cassé avec une greluche au Q.I pas plus élevé que celui d’une moule croisée avec un bigorneau.

J’avance doucement dans le couloir, je n’ai pas envie de lui causer une autre blessure. Je pousse, délicatement cette fois, la porte de l’infirmerie et fait adresse un signe à notre garde-malade attitrée.

-    Je vous avais dit que je reviendrai, non ? Bon, certes, je n’aurais pas pensé aussi tôt, ni dans ces circonstances, mais me revoilà.
-    Qu’a-t-il eu ? Demande-t-elle sans prendre en compte ma phrase précédente.
-    Il est trop curieux, il s’amusait à regarder dans par la serrure des toilettes des filles et « BAM » une porte.

    Elle le regarde bizarrement pendant que j’essaye d’étouffer le fou rire qui s’empare de moi. Faire passer Jean pour plus pervers qu’il n’est déjà, ça tient de l’exploit voire même du miracle.

Elle le fait s’asseoir sur le lit où je ronflais il y a encore un quart d’heure et regarde son nez. L’hémorragie s’est considérablement ralentie apparemment, deux petites mèches bien saillantes dans les narines et il sera tout beau tout propre mon Jeannot.

-    Bonne nouvelle, il n’a pas le nez cassé.
-    Dommage, ça aurait pu attirer les filles, répond-il.
-    Si tu veux, je peux t’arranger ça, un petit crochet du droit et tu te tapes toutes les nanas que tu veux. 
 
    Elle a les yeux revolver, elle a le regard qui tue… Voilà ce qui pourrait résumer la façon dont me dévisage l’infirmière. C’était une blague, rien de bien méchant, mais si les gens ne comprennent pas mon humour, je ne peux pas y faire grand-chose non plus. 
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[15] (Histoire) posté le samedi 27 octobre 2007 19:08

 
 
    Bingo, comme je l’avais dit, elle lui colle deux petites mèches de gaze dans les trous de nez. Alors là, c’est sûr, il va attirer toutes les filles du lycée et les faire tomber comme des mouches.

-    Heureusement qu’on reprend que cet après-midi.
-    On n’a pas cours après ?
-    Non petit poisson rouge, on n’avait que deux heures ce matin.

    Quelle révélation dramatique, je suis venue en cours alors que j’aurais pu dormir peinard à la maison. Certes, j’aurais loupé le nouveau, mais différée notre superbe rencontre à cet après-midi ne m’aurait pas gênée outre mesure. Enfin bref, maintenant que c’est fait, difficile de revenir en arrière.

Nous sortons de l’infirmerie et allons dans le coin secret de Jeannot. Il roule sa cigarette, l’allume et se met à tirer dessus. Lorsqu’il recrache la fumée, une drôle de grimace se forme sur son visage et oui mon grand, c’est pas agréable ces picotements dans le nez. Bien fait pour toi, ce n’est pas bien de fumer !

-    Jean ?
-    Oui Samantha ?
-    Arrête de m’appeler comme ça, tu sais très bien que je déteste…
-    Je rectifie votre majesté, que me voulez-vous ?
-    Tu viens manger à la maison ce midi ?
-    Ca dépend c’est toi qui prépare ?
-    Non, le four à micro-ondes.
-    Alors, je suis partant pour un déjeuner en tête-à-tête !

    Il ne m’a pas encore pardonné l’inversion entre le sel et le sucre pour son gâteau d’anniversaire. C’est pas de ma faute non plus si ça se ressemble autant et que je suis passablement tête en l’air… Depuis, il accepte de venir à la maison que quand c’est ma mère qui fait la cuisine ou quand c’est du surgelé et encore… Il surveille mes moindres faits et gestes.

-    Et on mange quoi ? M’interroge-t-il.
-    Des lasagnes, dis-je sur un ton victorieux.
-    Des lasagnes avec un bon petit vin italien, un vrai petit délice.
-    Oui, ben monsieur l’amateur de vin, vous vous contenterez d’une eau de mon robinet.

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[16] (Histoire) posté le samedi 27 octobre 2007 19:09

 
    Du vin italien ? Et puis quoi encore, cent balles et un mars ? S’il veut boire du vin il n’a qu’à descendre à sa cave. Le seul alcool qui traîne à la maison c’est une bouteille de vodka et je sais même pas où ma mère l’a planquée.

Une fois qu’il a terminé son cancer en feuilles, nous sortons de notre cachette et là : « Boom », c’est la collision. Deux fois dans une même journée ça commence à faire trop. Jean, quant à lui, semble content de ne pas être à nouveau victime de ma poisse et de ma maladresse.

Lorsque je relève la tête pour voir dans qui j’ai foncé si énergiquement, je découvre des yeux gris qui me fixent d’un regard noir. Notez quand même le paradoxe. Sur peut-être cinq cents élèves, il a fallu que je fonce dans les deux seuls avec qui j’ai parlé dans ce lycée, quand je dis que j’ai la poisse…

-    Hum, désolée, je… je n’avais pas fait attention, bafouillé-je.
-    Décidément c’est une de tes spécialités le rentre-dedans, s’esclaffe la tâche qui me sert d’ami.
-    Ta gueule Jean, puis m’adressant au nouveau. Ca va, je t’ai pas fait mal ?
-    Non ça va… Fais gaffe la prochaine fois.

    L’amabilité tu connais ? Je te présente mes excuses, très poliment de plus, ce qui est un vrai miracle en soi et toi tu me parles comme à un chien. Tu m’agaces, tu m’agaces. Tiens, j’ai une impression de déjà-vu sur ces mots-là…

-    On y va Jean ?
-    Yep, me répond l’intéressé. A plus mon vieux, ajoute-t-il à l’attention de Maxence.

    Depuis quand il appelle le nouveau « mon vieux » ? M’aurait-il caché des choses ? Pitié, ne me dites pas qu’il le connaît déjà… Non, je l’aurais vu aux beuveries qu’organisent Jean s’ils se connaissaient, mais je suis tellement pleine à chaque fois que je serais capable de prendre un poteau téléphonique pour ma mère…

Nous marchons en silence jusqu’à la rue de tous les dangers. Après l’avoir traversée, en manquant de se faire aplatir par une camionnette, je ne peux plus contenir mon trop plein de curiosité.
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[17] (Histoire) posté le samedi 27 octobre 2007 19:11

 
 
-    Vous vous connaissez toi et le nouveau ?
-    Un cousin par alliance. L’un de mes oncles est son beau-père. Il était à ma dernière fête, tu t’en souviens pas ?

    Je me souviens de m’être emparée d’une bouteille de vodka, voilà pourquoi ma mère planque la bouteille qu’on a à la maison, et d’avoir sombré dans le plus grand trou noir de la galaxie, alors me souvenir du cousin de Jean, ça devient plus difficile.

-    Si mes souvenirs sont bons, continue-t-il, t’as rendu sur ses chaussures.

    J’écarquille les yeux, horreur ! Malheur ! Désespoir ! J’ai osé faire ça, tu m’étonnes qu’il soit si froid avec moi. Pourtant, il n’a pas laissé entendre qu’on avait été si proches…

-    Pourquoi, il te plaît ?

    Allez petite bouche, laisse sortir la multitude de « non » que mon cerveau t’envoie, fais pas l’imbécile sur coup-là.

-    Non, non.

    Ah enfin !

-    C’est juste que ça m’étonnait de t’entendre l’appeler « mon vieux ».
-    Hou la menteuse ! Elle est amoureuse !
-    Si tu répètes cette phrase encore une fois, je peux t’assurer que tu auras ton nez cassé, mais pas seulement ça.
-    Que tu dis… Ma meilleure amie avec l’un de mes cousins… Tu feras un peu partie de ma famille comme ça.

    Mais faite le taire bon sang ! Je déteste quand il commence à agir comme une adolescente… Est-ce que je lui ai fait une seule réflexion quand il a craqué sur l’autre cruchasse… Oui des tas, mais pas de ce genre.

-    Arrête de te taper des films, dis-je en mettant ma clé dans la serrure de la porte.
-    Pourtant tu disais ne pas croire au coup de foudre…
-    Je ne crois pas au coup de foudre, affirmé-je en rentrant.
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[18] (Histoire) posté le samedi 27 octobre 2007 19:12

 
 
    Je meurs d’envie de refermer la porte derrière moi, mais comme je n’ai pas envie de manger seule je vais devoir prendre sur moi, le laisser entrer et supporter toutes ses petites phrases pendant plus de trois heures.

Après qu’il se soit enfin décidé à entrer, je referme la porte derrière lui. Je pose mon sac en vrac dans l’entrée et envoie voler ma veste sur le canapé dans le salon. Je me dirige dans la cuisine pour voir si le plat de lasagne à besoin de décongeler où si je pourrai le mettre directement dans le four à micro-ondes au moment de le manger. Forcément, le truc qui me sert d’ami continue à me suivre en déblatérant ses imbécillités.

-    Ne pas croire au coup de foudre… Pourtant, tu as bien craqué sur lui en l’espace de quelques minutes.
-    Je n’ai pas craqué sur lui !
-    C’est ça… Et moi je suis le pape peut-être.
-    C’est toi qui le dis… C’est pas trop difficile l’abstinence ?
-    Sam, soupire-t-il. Depuis que je te connais c’est la première fois que je t’entends bafouiller et encore plus t’excuser.

    Un point pour lui, la seule personne auprès de laquelle je m’excuse, c’est ma mère, c’est sûr que si je les présente à quelqu’un d’autre c’est tout de suite plus suspect…

-    C’est bon, y a pas besoin de laisser décongeler.
-    N’essaye pas changer de sujet Sam…
-    Tu veux entendre quoi ? Que le nouveau me plaît ? Non, désolé, ce n’est pas le cas. C’est juste qu’il y a quelque chose qui m’interpelle chez lui, que je ne sais pas quoi et que ça m’intrigue.

    Hou la menteuse, elle est amoureuse… C’est pas possible, pourquoi il faut que ça m’arrive à moi ? 
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