- Mon choupinet
d’amour, je suis contente de te voir, dis-je en desserrant
mon étreinte.
- Je vais y avoir le droit combien
de temps à ce surnom débile ?
- Aussi longtemps qu’on sera
ensemble.
- Zut… Je vais y avoir le
droit encore longtemps alors.
J’aime quand il insinue qu’il
n’est pas près de me quitter. Ca me rassure et je
n’ai pas besoin de lui casser les pieds pour savoir
s’il m’aime. Je lui attrape la main et
l’entraîne jusqu’au salon.
- Papy, je te
présente mon petit ami, Maxence.
- Enchanté jeune homme,
dit-il en se retournant pour l’apercevoir. Alors, c’est
vous qui rendez ma petite-fille tellement
heureuse ?
- Euh…
- Oui, c’est lui,
assuré-je le voyant gêné.
- Ca à l’air
d’être un bon gars, garde-le longtemps.
- J’y compte
bien.
Mon grand-père se retourne pour regarder
la télévision à nouveau. Maxence n’a pas
eu le temps de décoincer autre chose que la cinquième
lettre de l’alphabet que je l’entraîne
déjà vers la cuisine. Je m’arrête avant
de rentrer dans la pièce.
- Je vais te
présenter ma grand-mère, là ce n’est pas
la même chose, elle va sûrement même te
détester et lancer des réflexions assassines, lui
chuchoté-je.
- Ok.
Nous entrons dans la cuisine, ma main est
toujours dans la sienne. Au moins je n’aurais pas besoin de
faire de dessins à ma grand-mère une fois les mots
dits. C’est pas que je n’aime pas le dessin,
c’est juste que je suis une vraie brêle avec un crayon
entre les mains. A part l’escargot
déshérité parce qu’il s’est
marié avec une limace, je ne sais pas dessiner grand-chose
alors, comment faire pour ce qui est de crayonner une relation
amoureuse ?
- Bonsoir Maxence, le
salue ma mère en se retournant vers nous.
- Bonsoir Karine.
- Mamy, je te présente mon
petit ami Maxence. Maxence, je te présente ma
grand-mère.
- Enchanté
madame.
- Et tu le laisses t’appeler
par ton prénom ? Demande la vieille à ma
mère.
Je lève les yeux au ciel, même pas
capable de le saluer ou de lui adresser un petit mot…
J’aurais dû m’en douter, non je m’en
doutais, mais quand même.
- Je lui ai
demandé de m’appeler Karine.
- Il ressemble beaucoup à
Marc, poursuit ma grand-mère.
- Papa était blond aux yeux
bleus, je ne vois pas en quoi il lui ressemble…
- Oh, il ne lui ressemble pas
physiquement, mais je suis sûre qu’il est du même
genre que ton père…
- Tu ne le connais même pas,
tu ne peux pas le savoir.
- Ils sont tous les mêmes,
assure-t-elle.
Non, il n’est pas du même genre et
puis de toute façon, mon père était un
très bon père jusqu’à ce qu’il
décide qu’il n’avait pas à gâcher
sa jeunesse avec une fille. Je me surprends moi-même à
le défendre, mais il s’est quand même bien
occupé de moi jusqu’à mes trois ans, je ne peux
pas le nier.
- On mange
bientôt ? Demandé-je à ma
mère.
- On peut passer dans la salle
à manger.
- Ok. On peut emmener quelque
chose ?
- Oui ça, dit-elle en
désignant les petites coupelles remplies de biscuits
apéritifs.
Nous prenons tous les deux autant de coupelles
que nous le pouvons et nous dirigeons vers la salle à
manger. Une fois arrivée et les petits bols
déposés sur la table, je m’approche de Maxence
et l’enlace.
- Je suis
désolée pour ma grand-mère.
- Tu m’avais
prévenu.
- Ca s’est sûr, dis-je
dans un demi-sourire. Mais bon, elle aurait pu au moins te saluer
avant de pratiquement t’insulter.
- Je me fiche de ce que peuvent
dire les autres tant que tu m’aimes.
- Alors, comme je t’aime
tout va bien.
Je l’embrasse du bout des lèvres
avant de me détacher de lui. Je décide d’aller
chercher mon grand-père qui est toujours devant la
télé. Apparemment le journal de vingt heures vient de
commencer et ils montrent les images des pays qui ont
déjà passé la nouvelle année.
- Papy, tu
viens ? On va manger.
- J’arrive tout de
suite.
J’éteins la
télévision pour être sûre de ne pas avoir
à revenir le chercher et retourne dans la salle à
manger où ma grand-mère est arrivée et semble
jaugée Maxence du regard. Le pauvre… Je l’ai
laissé seul avec cette vieille mégère.
Heureusement que j’ai de quoi me faire pardonner ce
soir.
- Où est ton
grand-père ? Me lance-t-elle
sèchement.
- Il arrive. Tu sais très
bien qu’il a toujours un peu de mal à se mettre en
route.
Je crois que je viens de
fermer le bec à madame « je veux contrôler
tout et tout le monde ». Sam, un point, la
vieille… Tu l’as dans le dentier ! Pendant que je
fanfaronne intérieurement, elle s’installe au bout de
la table. Merde… Maman, qu’est-ce qu’il
t’a pris d’acheter cette table rectangulaire ? Toi
tu vas te mettre à l’autre bout, papy va
s’asseoir à côté d’elle et je vais
être obligée de faire de même pour pas que
Maxence se prenne des coups de canne sous la table…
- Tu te
mets-là, murmuré-je à l’oreille de
Maxence en lui désignant sa place.
- Des messes-basses, encore des
messes-basses, toujours des messes-basses.
- J’allais pas dire tout
haut que ce soir le feu d’artifice serait dans ma
chambre… Ah zut ! Je viens de le faire. Je ne sais
vraiment pas tenir ma langue, hein mon
chéri ?
Maxence se met à rougir. C’est vrai
que je n’aurais pas dû le prendre à
témoin sur ce coup-là, mais c’était
tellement tentant et puis il est si mignon quand il est
gêné. Ma grand-mère quant à elle est
passée à une couleur indéfinissable, une sorte
de blanc verdâtre pas très joli à regarder,
mais elle m’a cherché et elle m’a
trouvé.
- Tout va bien
ici ? Demande ma mère en arrivant.
- Oui, très bien,
j’expliquais à mamy combien ce soir allait être
festif.
- Festif, festif, moi
j’aurais plutôt dit simple, mais bon…
C’est comme tu le sens ma puce.
Tu n’as rien compris ma petite maman
chérie et c’est tant mieux, mais d’après
ce que je vois, ma grand-mère a saisi le sous-entendu et je
crois que ses yeux ne vont pas tarder à être
expulsés de leurs orbites. Quel charmant spectacle,
c’est tout bonnement… Horrible à regarder.
Trouvons une chose plus agréable à la vue… Ah
tiens Maxence, tu es là, ça tombe vraiment
bien.
Pendant que je m’emploie à décontenancer mon
choupinet, qui se demande si c’est du lard ou du cochon, avec
le regard mielleux que je pose sur lui, mon grand-père
arrive dans la salle à manger et s’assoit comme
prévu à côté de son épouse aux
yeux exorbités. Maman vient enfin compléter le
tableau. Il manque plus qu’un peintre pour immortaliser tout
ça comme étant la nouvelle cène.
- Tu dors bien ici ce
soir, Maxence ? Demande ma mère au
susnommé.
- Oui.
Pendant que Max
répondait à ma mère, l’aïeule a
avalé de travers un biscuit apéritif qu’elle
venait d’enfourner dans sa grande bouche. Super avec ses
grandes quintes de toux, on ne s’entend même plus
penser ici. Allez recrache le ce biscuit comme tu sais très
bien cracher ton venin sur les autres. Quoi que, ça serait
pas mal de pouvoir lui coller deux ou trois grandes claques dans le
dos.
- Tu veux de
l’eau ma chérie ?
Je crois que j’ai envie de vomir.
- Non, c’est bon
c’est passé.
Et le « merci » ?
C’est pour les chiens peut-être ? Non, mais je
vous jure, la politesse elle n’a pas dû apprendre. Par
contre, nous quand on oublie le « merci » ou
le « s’il te plaît » on se fait
taper sur les doigts et on a tout de suite été
très mal éduqué. Enfin, je dis
« on », mais en fait je devrais plutôt
dire « je » à la place…
Le reste du repas se déroule entre les sous-entendus de ma
part et les regards choqués de celle de ma
grand-mère. Maxence ne sait plus vraiment où se
mettre, mais ne dit rien allant contre moi pour autant. Je tiens ma
vengeance, peu importe ce qu’elle pensera de moi
après, peu importe ce qu’elle pourra dire à ma
mère, ce soir c’est un peu comme la fête des
grands-mères avec un peu plus de deux mois
d’avance.
- Tiens, il ne reste
plus que dix minutes avant minuit, constate mon grand-père
alors que nous entamons la bûche glacée.
- Ca tombe bien, car je commence
à être fatiguée.
- Alors, on ne tient plus la
distance ma petite Sam ?
- Et non… Moi aussi je
vieillis, papy.
Il étouffe un rire avant de se replonger
dans son dessert que nous mangeons tous dans un calme
étonnant. Il faut dire que je commence à stresser,
mais que je ne veux rien laisser paraître devant eux et puis
le stress et la fatigue ne sont pas des plus compatibles non
plus.
Nous ne sommes plus qu’à quelques secondes de minuits
et tout le monde s’est levé de table. C’est un
peu trop pompeux à mon goût, mais c’est la
tradition et je vais tenter de la respecter. Mon grand-père
fait le décompte des dix dernières secondes avant que
l’on se souhaite une bonne année à
l’unisson. Je profite de ce moment pour me blottir dans les
bras de Maxence.
- Bonne année
mon ange.
- C’est plus
choupinet ? Me taquine-t-il.
- Pas ce soir, non. Ce soir tu es
mon ange-gardien.
Il me sourit tendrement
avant de m’embrasser. Ca lui va si bien ce « mon
ange » que je n’ai pas pu le garder pour moi. Il a
fallu que je le lui dise et ce soir était le bon moment. Je
me dégage de cette étreinte pour aller faire la bise
à ma mère, mon grand-père et ma
grand-mère. Je crois que maintenant je peux aller me rincer
les lèvres à l’eau de javel.
- Bon ce n’est
pas que je ne vous aime pas…
Enfin si, y en a au moins une que je
n’aime pas.
- … mais je
suis vraiment fatiguée et je n’ai qu’une
envie : retrouver mon lit.
- Bonne nuit ma petite vieille, me
lance mon grand-père en plaisantant.
- On verra quand t’auras mon
âge.
- Bonne nuit
Samantha.
- Bonne nuit ma puce, termine ma
mère.
Je fais signe à Maxence de faire la
même chose que moi et de me rejoindre dans ma chambre. Je
n’ai aucune envie de m’éterniser dans cette
pièce plus longtemps. Je me dirige vers mon antre et une
fois entrée dedans je m’assois sur le lit et attends
mon prince charmant qui ne tarde pas à arriver.
- Je suis
vanné, annonce-t-il en refermant la porte derrière
lui.
- Ah bon ?
- Yep, je ne rêve que
d’une bonne nuit de sommeil. Ah ! Au fait, tant que
j’y pense, tes grands-parents dorment là
aussi ?
- Oui, ils vont prendre le lit de
ma mère et elle va dormir sur le canapé.
- Pas cool.
- C’est clair, mais bon on
n’a pas d’autres chambres.
Max vient s’asseoir à
côté de moi et ne tarde pas à se laisser tomber
en arrière sur mon lit. Alors qu’il est en train de se
frotter les yeux après avoir baillé, je me
relève un instant avant de mettre de nouveau sur le lit,
mais à genoux cette fois-ci.
- Qu’est-ce que
tu fais ? Me demande-t-il.
- Tu vas bien
voir.
Un sourire énigmatique se dessine sur mon
visage alors que l’interrogation se lit sur le sien.
J’avance petit à petit vers lui avant de me mettre
à califourchon sur son bassin et de me baisser vers lui pour
commencer à jouer avec sa bouche.
- Tu joues un jeu
dangereux là, articule-t-il difficilement pendant que je
mordille sa lèvre inférieure.
- Je le sais très bien et
les risques sont tout à fait
calculés.
Alors que j’étais dans la position
de dominante, je me retrouve en deux temps, trois mouvements dans
celle de dominée, Maxence ayant pris le dessus sur moi sans
que je puisse protester. Il me regarde intensément et je
peux voir une flamme de désir brûler dans ses yeux qui
sont d’ordinaires si glacials.
- T’étais
pas fatiguée toi, murmuré-je.
- J’ai retrouvé de
l’énergie.
Il s’emploie alors à
déboutonner mon chemisier, sa tâche entrecoupés
par les quelques baisers que j’arrive à lui voler
à chaque fois qu’il joue à reculer la
tête pour me refuser ses lèvres et me frustrer encore
plus.