[98] (Histoire) posté le jeudi 15 novembre 2007 22:14

 

    Nous sommes installés sur la banquette de la pizzeria. Cette fulgurante envie de pizza avait pris le dessus sur moi et j’étais maintenant satisfaite de me trouver devant ma quatre-fromages. Jean ne cesse de nous poser des questions entre deux bouchées. Il y a un bouton pour l’arrêter celui-là ? Car j’ai les oreilles qui commencent à chauffer avec ses « comment », « pourquoi », « quand », etc.

-    Quand je pense que vous vous êtes trouvés grâce à moi, se félicite-t-il.
-    Tu comptes t’en attribuer tout le mérite combien de temps ?
-    Jusqu’au discours que je prononcerai à votre mariage, pourquoi ?

    Bing, en plein sur le milieu du crâne ! Non, mais avouez qu’il le cherche aussi. Je ne sais pas ce qui est le pire : parler de mariage alors qu’on est ensemble que depuis peu de temps ? Croire qu’il sera invité à un hypothétique mariage alors qu’il ne sait pas se tenir en société ? Ou parler de mariage tout court, alors que ça à le don de me foutre les nerfs quand ça me concerne ?

-    Tu es suicidaire mon petit Jeannot ?
-    Pourquoi tant de haine et de violence dans un monde si cruel ?
-    Parce que !

    Il mord énergiquement dans sa part et mange en silence. Je crois qu’il est encore vexé mon petit Jean… Roh… De toute façon, dans une part de pizza, je vous parie qu’il aura tout oublié et qu’il se mettra à parler de destin, âmes-sœurs et autres débilités de ce genre.

-    Dire qu’elle t’a plu, alors qu’elle bousillait tes godasses.
-    Jean, s’il te plaît, on est en train de manger, lui dis-je.


    Je me suis trompée, c’était seulement une bouchée plus tard qu’il s’est décidé à reparler. Par contre, question débilités, je ne m’étais pas vraiment trompée. 
 
-    Elle est mignonne quand elle est bourrée, déclare Maxence sortant enfin de son mutisme.
-    Mais bien sûr…
-    Je t’assure, j’ai adoré ta façon de m’aborder.
-    Si tu le dis… De toute façon je ne m’en souviens pas.
-    On peut toujours te rafraîchir la mémoire, s’enthousiasme Jean.
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[99] (Histoire) posté le jeudi 15 novembre 2007 22:16

 
 
    Max acquiesce d’un signe de tête. Je crois que ça va être parti pour l’une des histoires les plus humiliantes de ma vie, mais bon je les laisse dire. Je pense que ça réussira à me dégoûter de la grosse cuite qui donne l’impression d’avoir les cheveux qui poussent à l’intérieur du crâne le lendemain matin.

-    C’était au mois de juillet dernier.
-    Ca je m’en souviens, soupiré-je.
-    Chut, laisse-moi raconter une jolie histoire.
-    D’accord.
-    C’était donc au mois de juillet dernier. Je t’avais invitée à l’une des fêtes que je donnais, comme d’habitude en bref. J’avais aussi invité Maxence car je savais qu’il allait bientôt arriver au lycée et je voulais qu’il connaisse quelques personnes pour qu’il ne prenne pas peur en voyant les cas qu’il y a au bahut.

    Ah bon ? A-t-il seulement réfléchit un instant qu’il invite plus de « cas » différents dans ses fêtes qu’il n’y en a dans tout le lycée ? Je crois que je gagnerais la médaille d’or s’il y avait une olympiade des « cas ».

-    Je suis donc venu à reculons. Des fêtes de lycéens qui ne pensent qu’à se saouler et à sauter sur tout ce qui bouge, complète Maxence.
-    Je te rappelle que tu es aussi un lycéen, au cas où tu l’aurais oublié.
-    Oui, mais pas de la race des petits excités qui au bout d’une gorgée de panaché danse déjà comme des épileptiques sur les tables.
-    Pas faux, suis-je obligée d’admettre.
-     Je suis arrivé avec une petite heure de retard et tu étais déjà passablement éméchée.

    C’est vrai, j’ai demandé à ma copine la vodka de m’accompagner dès le début de la soirée… Mais au bout d’une heure je devais seulement être pompette ? Même si je crois plutôt que j’étais à la limite du munichois à la fête de la bière… Pleine comme une barrique en somme.

-    Dès que tu m’as vu tu t’es accrochée à moi.
-    T’as l’air d’un garçon stable, fallait bien quelqu’un pour m’aider à marcher, plaisanté-je.
-    C’est pour ça que tu m’as hurlé : « toi, tu ferais un bon quatre heures » dans les oreilles ?
-    Je devais avoir faim…
-    C’est pour ça que tu m’as pincé les fesses ? Poursuit-il.
-    Euh… Je tâtais la marchandise ? 
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[100] (wah oO) (Histoire) posté le jeudi 15 novembre 2007 22:17

 
 
    Quoi ? Je ne vais pas admettre que « désinhibée » n’est qu’un doux euphémisme en ce qui me concerne. J’y peux rien si quand je suis ivre je perds toute notion de ce qui est bien ou mal et puis c’est à moi de me sentir frustrée, non ? Je touche à ses adorables petites fesses et je ne m’en souviens même pas… Je sais que je pourrais le faire maintenant, mais bizarrement je suis une personne très timide lorsqu’il s’agit de ce genre de choses.

-    Je crois que la marchandise était bonne, continue-t-il, vu que tu ne m’as pas lâchée pour autant. Quand je suis allé t’asseoir sur l’une des banquettes, tu m’as lancé un regard plein de pitié et tu m’as dit : « s’il te plaît ne me laisse pas ».
-    Je redeviens sensible quand j’ai bu ? Oh mon dieu ! Je crois que c’est le truc le plus inquiétant que j’ai entendu jusqu’à lors.
-    T’enflammes pas trop vite, ricane Jean de son côté.

    Pourquoi ? Qu’est-ce que j’ai pu faire de pire ? Je vois difficilement chose plus humiliante pour moi que d’être prise en pitié par quelqu’un, surtout quand j’ai quémandé cette compassion.

-    Je suis restée avec toi, tu semblais vraiment perdue, mais…
-    Mais ? Répété-je à mon tour.
-    Quand tu as passé ton bras autour de mon épaule et commencé à dire que j’étais le mec le plus craquant que tu avais vu, j’me suis douté que tu n’étais pas si désespérée que ça.
-    Wouhou ! J’peux continuer à picoler comme un trou.

    La bonne nouvelle de la soirée ! Euh… Je sais, c’est pas bien, mais j’aime bien m’amuser…

-    Pour que tu dragues d’autres mecs ? S’exclame Maxence.
-    Mais non ! Tu seras là pour me surveiller.
-    Ouais…
-    Ca s’est arrêté là ? Demandé-je. Parce que je ne vois pas ce qu’il y a de si terrible dans ce que j’ai fait.
-    On lui parle de quoi en premier : du moment où elle a commencé à se dessaper ou quand elle s’est installée sur toi à califourchon pour faire encore plus « strip-tease » ?
-    Quoi ? Hurlé-je.

    Pourquoi tout le monde s’est retourné sur moi ? J’ai crié si fort que ça ? J’ai juste envie de me planquer sous la table, mais ils s’imagineraient encore des choses… Et il a flashé sur moi après ça ? J’aurais pris peur, je me fais peur moi-même… C’est quoi la marque des cocktails sans alcool au fait ? Je crois que je vais faire un partenariat avec eux pour les prochaines soirées… Punaise, après ça comment je vais faire pour que les gens me croient quand je dis que je suis plutôt pudique ? 
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[101] (Histoire) posté le jeudi 15 novembre 2007 22:18

 
 
-    Déshabillée un peu ou beaucoup ?
-    Disons que si je ne t’avais pas arrêtée…
-    Oui ?
-    Si je te dis que tu voulais m’offrir ton soutif ?
-    Ah ouais… Quand même…

    J’ai envie de me noyer dans la pizza… Une corde, ils ont pas ça ici ? C’est génial… Enfin le truc rassurant c’est que ça doit être la première fois que je le fais, il ne me manque aucun soutien-gorge dans mon placard…
   
-    C’est bizarre, finalement je me serais mieux portée sans le savoir. On peut passer les autres détails pour arriver jusqu’au moment où j’ai esquinté tes chaussures.
-    Tu t’es penchée pour essayer de m’embrasser et tu t’es sentie mal à ce moment-là. Faut dire que tu t’étais bien déchaînée avec ta petite danse.
-    Ah oui, ricane de nouveau Jean. Quand elle a collé ses fesses devant ton visage et qu’elle s’est mise à se déhancher ?
-    Je me déteste…
-    T’as juste eu le temps de te lever avant de…
-    C’est bon… Pas besoin d’en savoir plus…

    Mister Cocktail… Mister Cocktail… Au moins j’ai retrouvé le nom de mon futur sponsor. L’alcool n’a pas grillé tous mes neurones. J’ai juste envie de rentrer chez moi et de me cacher sous la couette. Pourquoi Jean ne m’en a pas parlé avant ? Enfin, j’aurais bien aimé savoir avant de passer pour la fille que je ne suis pas vraiment… Tiens, tu m’étonnes qu’on me regarde de travers au lycée. Si je fais des trucs dans le genre à chaque fois que je suis alcoolisée…

-    Ca va pas Sam ? Me demande Max.
-    Super, tu te sentirais comment en apprenant ça ? Finalement tu n’avais pas si tort l’autre jour en me disant que j’allais rouler sous la table…
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[102] (Histoire) posté le jeudi 15 novembre 2007 22:19

 
 
    Je me lève et vais payer pour tout le monde. J’ai pris un gros seau d’eau froide sur la tête… Ca n’a pas l’air extrêmement grave quand c’est raconté comme ça, j’aurais été la première à me marrer si c’était arrivé à quelqu’un d’autre, mais là… C’est moi la principale concernée et c’est beaucoup moins drôle d’un seul coup.

Je fais signe aux garçons de me rejoindre. Nous sortons en silence. Je ne sais pas vraiment quoi dire. Maxence et moi raccompagnons Jean jusqu’à son immeuble. Même si la soirée n’a pas été des plus folichonnes pour moi, au moins nous avons sorti le Jeannot de son carcan familiale et il a au moins pu se marrer, même si c’est à mes dépends.

-    Bonne nuit Jeannot, lui dis-je alors qu’il s’apprête à rentrer.
-    Bonne nuit et ne te tracasse pas pour ça, on a tous fait des conneries quand on était bourré, t’es pas la seule dans ce cas.
-    Ouais, laissé-je échapper pas très convaincu.

    Une bise et une main serrée plus tard, je me retrouvais seule avec Maxence. Je sais que ma mère était censée venir me rechercher chez Jeannot et que je suis en train de me les cailler comme pas une, mais j’ai besoin d’avoir quelques dernières explications avant de rentrer chez moi.

-    Pourquoi je t’ai tapé dans l’œil ? Demandé-je enfin alors que nous continuons à marcher sans trop savoir où nous allons.
-    Je sais pas… Tu semblais vraiment fragile sous tes airs de fille délurée et quand j’ai commencé à vouloir te protéger du regard des autres, je me suis dit qu’il y avait peut-être quelque chose.
-    A ta place j’aurais fui devant un cas comme ça.
-    Faut croire que j’aime les cas comme tu dis.

    Il s’arrête pour me serrer dans ses bras. Je me réchauffe petit à petit. Il me semble que je me sentais mal y a quelques minutes… Ah j’ai oublié, est-ce grave docteur si j’oublie ce qui me tracasse dès que je suis dans ses bras ? 
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