Je me réveille enfin et me rend compte
que Maxence s’est endormi à son tour. Je me
dégage doucement de son étreinte pour ne pas le
réveiller et vais rejoindre ma mère dans le salon en
ayant fait un petit détour par la cuisine pour prendre une
bouteille d’eau. Je m’assois à côté
d’elle. Apparemment elle est tombée sur une niaiserie
à la télé et ça a l’air de la
passionner.
- Où est Maxence ? Me
demande-t-elle les yeux toujours rivés sur la
télévision. - Il dort
encore.
Bizarre, elle lâche la télé
du regard d’un seul coup pour le porter sur moi. Oh !
Bon sang, maman, sieste n’est pas toujours synonyme de sieste
crapuleuse. Bon, ben place aux explications. Super… Ca
me réjouis au plus au point.
- Tu as pleuré ? Il t’a
fait quoi ?
Zut… J’aurais dû faire gaffe
en allant acheter ce nouveau tube de mascara. Alors que
l’ancien était waterproof, ou water-pouf comme
j’aime le dire, celui-là ne l’est pas et
j’ai juste de magnifique coulures noires qui partent de mes
yeux pour s’étaler sur mes joues. Halloween est
passé, mais sinon je suis grimée pour
là…
- Il ne m’a rien fait maman,
soupiré-je. Et puis c’est entre lui et
moi.
- Non
ma puce ! Si un garçon fait pleurer ma petite fille il
va entendre parler du pays, tu peux me
croire ! - Il ne
m’a pas fait pleurer, je me suis, comment dire… faite
pleurer toute seule… -
Quoi ?!
Ne prend pas cet air interloqué…
Je ne suis pas la première qui pleure en parlant d’un
sujet difficile, si ? Comment lui expliquer sans trop lui en
dire pour autant ? Ca devient difficile ce petit jeu. Ca use
toutes mes capacités intellectuelles qui ne sont
déjà pas très nombreuses.
- Je lui ai parlé de
papa…
Tiens, je crois que j’ai mon nez qui
s’allonge. Pinocchio, sort de mon corps ! Au moins je
suis sûre qu’elle ne va pas me demander plus amples
explications et c’est un sujet douloureux comme un
autre.
- Ca n’explique pas la
« sieste », continue-t-elle plus
doucement.
-
J’étais épuisée après lui en
avoir parlé, je me suis endormie dans ses bras et
apparemment il a fini par s’endormir à son
tour.
Alors qu’elle s’apprête à me
répondre, Maxence fait son entrée dans le salon,
visiblement gêné. Je ne sais pas s’il a entendu
la conversation, mais il n’en mène pas large quand
même. Enfin, peut-être est-ce dû au regard noir
que lui bourre ma mère… Mine de rien, elle peut faire
peur ma môman.
- Tu aurais dû me réveiller,
dit-il d’une petite voix. - Tu semblais si
bien dormir, je n’en ai pas eu le courage. - C’est
juste qu’avec le boulot et les cours, je suis naze en ce
moment.
Je lui adresse un sourire bienveillant. Ma
mère continue de le fusiller du regard il semble de plus en
plus mal à l’aise. Est-ce que je me la joue sadique ou
gentille ? Allez, je me la joue sadique et puis ça ne
leur fera pas de mal de parler ensemble, non ?
- Je reviens dans un instant, je vais me
débarbouiller, m’exclamé-je en me levant du
canapé.
Maxence se crispe. Il n’a plus
d’autre choix que de rester seul avec ma mère. Lorsque
je passe à côté de lui, je dépose un
léger baiser sur ses lèvres et murmure un
« courage ». Elle ne va pas le manger, non,
elle va juste lui foutre la trouille de sa vie pour qu’il ne
tente rien avec moi avant le mariage… D’autant plus
qu’elle sait très bien que le mot
« mariage » me file de l’urticaire. Ma
mère a un côté très paternel quand on y
réfléchit bien.
J’arrive dans la salle de bain et me regarde dans le miroir.
En effet, j’ai une sale tronche… Je fouille dans le
placard et y retrouve les lingettes démaquillantes.
C’est pas écolo pour un sou, mais au moins c’est
pratique. Vu que moi et le lait démaquillant ne sommes pas
les meilleurs copains du monde…
Une fois mon apparence presque normale retrouvée, je les
rejoins dans le salon. Première constatation, il n’y a
pas de sang, pas d’objets cassés. Deuxième
constatation, il est assis à côté d’elle
sur le canapé et ils parlent tranquillement. Il a dû
lui faire son faciès d’ange, je ne vois que
ça…
- Je suis de retour, dis-je pour attirer leur
attention.
- Ah
ma puce ! Maxence m’a demandé s’il pouvait
t’emmener dîner ce soir, j’ai accepté,
mais seulement si tu ne rentres pas trop tard.
Di… dîner ? Ca se voit que je
suis surprise ? Non parce que là je dois bien avouer
que je ne m’y attendais pas du tout, mais je ne sais pas ce
qui me surprend le plus. Si c’est qu’il
m’emmène dîner ou plutôt que ma
mère accepte que je sorte avec lui ce soir après
l’avoir tué une infinité de fois avec ses
yeux ? Oh et puis je ne veux pas savoir le pourquoi du
comment, tant qu’il ne m’emmène pas au Mac Do,
moi ça me va.
- C’est cool. - Par contre, il
va falloir y aller maintenant, m’informe-t-il. Je voudrais te
montrer quelque chose avant d’aller au
resto.
Il a bien dit resto ? Je ne suis pas
sourde ? Et crotte ! Voilà que je me retransforme
en adolescente surexcitée… Je crois que je suis
prête pour m’intégrer dans la clique groupie de
ce groupe dont j’ai oublié le nom… Quoi que,
pour ça faudrait encore que Maxence en fasse partie. Sans
façon alors.
- Il faut que je me change ?
Demandé-je timidement. - Tu es
très bien comme ça, me
rassure-t-il.
-
Soyez sages les enfants et pas plus tard que minuit ou une heure du
matin ma puce. -
T’inquiètes maman.
Je lui colle le traditionnel bisou sur la joue
et nous partons vers l’endroit mystérieux où
Maxence veut m’emmener. Je dois avouer que je déteste
les surprises et que je ne suis pas des plus détendues. Je
sais que je peux lui faire confiance, mais je reste tout de
même sur mes gardes.
- On est bientôt arrivé ?
M’hasardé-je. - Je ne te le
dirais pas.
Je peux le taper ? Dites, dites, je peux le taper ? Mon
hypothèse c’est qu’on va au parc vu que nous
sommes sur le chemin pour, mais il brouille peut-être les
pistes. Ca, c’est sa vengeance pour l’avoir
laissé seul avec ma mère…
- J’aime pas les surprises,
maugréé-je.
- Je pense que tu apprécieras
celle-là.
- Tant pis, je boude.
Arfouille, le fait que je le boude n’a pas
l’air de le déranger outre mesure et je ne peux pas
faire de chantage, je ne peux le priver de rien… Je
n’ai plus qu’à marcher sagement à ses
côtés et attendre que la surprise arrive enfin…
C’est nul !
On arrive devant le parc, mon hypothèse était bonne
jusque là, mais c’est après que ça se
corse. Où va-t-il m’emmener ? On prend le chemin
qui nous mène vers la serre, « notre coin
à nous » comme on l’appelle. J’y
comprends décidément rien…
- Ferme les yeux, me dit-il tout en poussant
la porte du bâtiment.
Lorsque je sens ses mains se poser sur mes
paupières, je ne peux qu’obtempérer. Ca me gave
de ne pas savoir, mais je suis sûrement tout prêt du
but. Il me guide dans mes pas et s’arrête soudainement.
Je sens son souffle contre mon cou et la pression de ses mains sur
mes yeux se relâchent.
- Tu peux les rouvrir maintenant,
murmure-t-il à mon oreille.
Je le fais tout doucement. Je suis quand
même un peu anxieuse quant à ce que je vais
découvrir…
- Wow… C’est… super
beau.
- On m’a prévenu qu’elles
devaient éclore sous peu et quand je suis venue ce matin,
j’ai vu que le « sous peu »
était arrivé.
Une multitude de petites fleurs se dressent
devant nous. C’est vraiment un spectacle magnifique, surtout
pour un mois de novembre où les fleurs et autres
éléments de la nature se font plus que rares.
- Tu vois, tu n’avais pas à
avoir peur, déclare-t-il en me prenant dans ses bras.
- Pas ma faute si j’aime pas les
surprises…
Il me sourit puis m’embrasse
tendrement. Ce cadre est vraiment idyllique, je m’y sens
très bien. On va s’asseoir sur un des bancs et y
restons plusieurs dizaines de minutes en silence, seulement
serrés l’un contre l’autre.
- Il faut y aller, me dit-il
doucement.
-
D’accord…
- On
repassera demain si tu veux.
J’hoche la tête en guise «
d’acceptation ». Demain on y restera plus longtemps, on
pourra même y passer toute la journée s’il le
faut.
Nous ressortons du parc main dans la main, je ne sais pas dans quel
restaurant nous allons, mais comme ses surprises sont plutôt
bonnes, je me laisse guider. Nous marchons dans une grande avenue
quand soudainement je m’arrête. Cette fin
d’après-midi était pourtant parfaite, pourquoi
vient-il tout gâcher maintenant ?
- Sam, ça va ?
-
Je… Oui. Enfin, je… Il n’y a pas un autre
chemin pour aller au restaurant ?
- Il
est juste là, m’explique-t-il en le montrant du
doigt.
Je dois me faire violence pour continuer
à avancer. Après tout, avec lui je ne risque rien,
non ? Je suis totalement collée à Maxence,
j’ai besoin de le sentir me protéger. Nous passons
enfin à côté de cette voiture blanche et
lorsque je me détends enfin...
- Hey Max, ça fait un
bail !
Je crois que je vais me sentir mal. Non, en fait
je me sens mal. Je suis prise d’une nausée soudaine et
n’ai qu’une envie : me cacher sous terre.
J’écrabouille la main de Maxence dans la mienne, il me
regarde incrédule.
- C’est clair, ça fait une paye,
mais entre le boulot et le cours, plus le temps pour
ça…
- Le
boulot, les cours et surtout la fille, reprend-il en me
dévisageant. Mais regardez qui voilà, c’est
cette petite Sam !
Pourquoi ? Pourquoi faut-il que Maxence le
connaisse ? Pourquoi faut-il qu’il m’ait
reconnu ? Pourquoi mon cœur bat si fort que j’ai
l’impression qu’il va finir par
s’arrêter ?