[44] (Histoire) posté le dimanche 04 novembre 2007 18:34

 

    Dix petites minutes ! Seulement dix petites minutes plus tard et tout était finie, j’aurais peut-être juste eu un sourire idiot sur le visage, mais j’aurais imputé ça à la drogue… Bon, ok, je ne me shoote pas, mais je peux toujours bien dire le contraire non ? Maintenant je vais avoir le droit aux regards attendris, aux petites réflexions à la Jeannot, mais aussi au sempiternel discours sur le sexe… Si elle savait ! En fait, non, il ne vaut mieux pas qu’elle sache.

Elle s’approche dangereusement du canapé. Aucun de mes membres ne bouge et pourtant ce n’est pas l’envie qui manque. Je suis totalement paralysée, impossible de me détacher de Maxence qui ne fait aucun effort pour m’aider. Si je ne devais pas me pendre, je serais bien tentée de le tuer.

Ah tiens, un de mes muscles semble apte à faire son travail. En fait non, deux si on compte ma langue, mais là n’est pas la solution à mon problème. Je commence à me redresser. Encore un petit effort et c’est…

-    Oups, désolée, je vois que je dérange. Je vais aller faire un petit tour dans la cuisine.

    Non ! Trop tard ! Espèce de cerveau à la noix, le jour où tu fonctionneras correctement Annie Cordy chantera du métal.

-    Non c’est bon madame, vous pouvez rester. De toute façon je dois y aller.

    Super ! Il se casse et il me laisse seule face à cette situation mère/fille des plus délicates. Bon sang ! N’a-t-il jamais eu à faire face à cette expression mielleuse qui se dessine sur le visage du « bon » parent pendant que le « mauvais » sort la carabine ?

-    Oh quel dommage !

    Oui, quel dommage, tu ne vas pas pouvoir nous espionner depuis la cuisine. Quoi que, la sachant à côté, il ne se serait rien passé d’extraordinaire.

-    Quelle mauvaise personne je fais ! S’exclame-t-elle d’un seul coup. J’ai oublié de me présenter. Je suis Karine, la maman de Samantha.

    Pourquoi se sent-elle obligée de dire mon prénom en entier dans des moments pareils ? Quelle idée aussi j’ai eu de naître à l’époque où l’on donnait ses prénoms dignes des feux de l’amour. Je hais mon prénom ! C’est comme s’il me destinait à me caser avec un Brandon ou un Josh… Quoi que quand je regarde Josh Hartnett, je veux bien que cette prophétie se réalise.

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[45] (Histoire) posté le dimanche 04 novembre 2007 18:37

 
 
-    Enchanté madame, je m’appelle Maxence. Je suis le cousin de Jean.
-    Voyons, appelle-moi Karine, je ne pense pas être assez vieille pour que l’on m’appelle madame.

    J’hallucine où elle est en train de minauder comme une adolescente bourrées d’hormones ? Maman, fait gaffe à ce que tu fais ! C’est mon mien, ma future propriété ! Euh… Je crois que je commence à divaguer là.

-    Attends un moment, c’est toi qui as raccompagné Samantha hier soir ? Continue-t-elle.
-    Oui, c’est bien moi.
-    Ah ! D’accord.

    Elle m’adresse un clin d’œil qui se veut imperceptible et complice. Je crois que je vais aller me nettoyer les yeux avec de la javel avant de me pendre…

Maxence se relève du canapé où on était toujours assis. Espèce de lâche ! Ne m’abandonne pas maintenant. Aie pitié de cette pauvre petite Sam qui s’apprête à vivre l’une des pires soirées de sa vie !

-    Je suis désolé de partir aussi vite, mais je ne veux pas être en retard à mon travail.

    Menteur ! Tu ne reprends qu’à neuf heures ce soir et il est à peine cinq heures de l’après-midi !

-    Oh… Et bien je pense que nous nous reverrons Maxence. Ravie de t’avoir rencontré.
-    Je le pense aussi et tout le plaisir fut pour moi.

    Tant de politesse… Je suis à la limite de décorer une seconde fois ses si belles chaussures ! Non, mais je vous jure, discours plus hypocrite tu meurs.

-    Sammy, tu ne raccompagnes pas ton ami jusqu’à la porte ?

    Pourquoi ? Je vois pas l’utilité, je peux très bien l’insulter dans le salon. Ca donnera le même effet non ?

-    Très bien, soupiré-je à contrecœur.

    Vu le sourire qui grandit sur son visage, elle est très satisfaite de cette réponse… Dommage, j’aurais dû dire non.
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[46] (Histoire) posté le dimanche 04 novembre 2007 18:39

 
 
    Je fais signe à Maxence de passer devant moi, que je le suis. De toute façon, si je ne le faisais pas je crois qu’on me ferait avancer contre mon gré. N’est-ce pas chère maman ?

Il adresse un dernier « au revoir » à ma mère et ouvre la porte. Une fois dehors, je la referme derrière nous et me mets ma tête devant le judas. Désolée maman, tu ne pourras ni voir, ni entendre ce qu’il va se passer. Au moins une chose positive.

-    Bon courage pour ce soir, dis-je en accentuant sur le « ce soir ».
-    On dirait que tu es énervée…

    Non ? Sans blague ? En plus de ne pas avoir pu t’embrasser, je vais devoir me taper l’excitation de ma mère toute la soirée. Je l’entends déjà chantonner la marche nuptiale…

-    Tu vas être en retard si tu ne te dépêches pas…
-    Ca ne répond pas à ma question.
-    Et ben tant pis… C’était une après-midi sympa, au revoir.

    Je me retourne et m’apprête à ouvrir de nouveau la porte quand une main vient se poser sur mon bras et m’oblige à me retourner.

-    Hey ! Vas-y mollo.
-    Tu penses vraiment t’en tirer avec un : « c’était une après-midi sympa, au revoir » ?

    Ben au moins j’aurais essayé… C’est peut-être là l’essentiel, non ?

-    Qu’est-ce que tu veux que je te dise ?
-    La vérité ! Pourquoi alors que tu étais sympa et accessible tout à l’heure, tu redeviens la Sam froide et distante ?

    Je crois qu’il vient de recoller au score… C’est vrai, alors que j’avais entrouvert ma carapace, elle s’est refermée quand ma mère est entrée dans la maison.

-    Je…
-    Tu ?
-    Oh et puis merde ! Tu veux savoir la vérité, c’est ça ? Tu veux que je commence par quoi ? Par le père qui nous lâche pour une pute, par l’ex petit copain qui a carrément profité de ma jeunesse et de mon innocence ou par les sentiments que je commence à ressentir pour toi alors que je m’étais jurée de ne plus jamais me faire berner par un mec ? Alors, vas-y, je t’écoute, par quoi je commence ? Ah bah, non, je suis bête, tu dois aller au boulot, je voudrais pas te mettre en retard non plus ! 
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[47] (Histoire) posté le dimanche 04 novembre 2007 18:43

 
 
    Je n’ai pas encore eu le temps de déverser tout ce qui remplit mon esprit et mon cœur que je me retrouve plaquée contre la porte ses lèvres contre les miennes. C’est comme s’il avait entendu mon souhait de la veille à retardement et je dois bien avouer que je l’avais pas vu venir…

Une fois la surprise passée, je commence à me détendre et mieux encore à prendre part à ce baiser. Je place mes mains autour de sa nuque alors que les siennes sont sur mes hanches. Inconsciemment, je cherche à accentuer ce baiser. Tant pis si je manque d’air, j’aurais tout le temps de respirer plus tard ! Seulement, Maxence n’est pas du même avis et détache peu à peu sa bouche de la mienne.

-    Wow…

    C’est la seule chose que mon esprit est capable de traduire parmi tout mon flot de pensées. Il se met à sourire.

-    Quoi ?
-    Sam Henry qui perd ses mots… Je crois que j’ai réussi un exploit.
-    Espèce d’idiot ! Dis-je avant de commencer à rire.

    Rire ? Ca faisait si longtemps que ça ne m’était pas arrivé aussi spontanément, voire même aussi sainement.

-    Et dire qu’on s’est rencontré seulement hier, pensé-je à haute voix.
-    Dis plutôt il y a deux mois à la fête de Jean.

    Je me mets à rougir. Il va bien falloir que je lui avoue que je n’ai aucun souvenir de ma rencontre avec lui ou ses chaussures.

-    C’est-à-dire que…
-    Oui ?
-    Je ne me souviens absolument pas de cette soirée. Trou noir complet… La dernière chose dont je me souviens c’est de la première gorgée de vodka que j’ai ingurgitée.

    Il me regarde dans les yeux. En même temps, vu que nos visages sont toujours aussi prêts l’un de l’autre et que je maintiens une pression sur sa nuque avec mes mains pour que la distance reste là même, ça aurait été assez dur de faire autrement.

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[48] (Histoire) posté le dimanche 04 novembre 2007 18:45

 
 
-    Tu ne te souviens vraiment de rien ?
-    Non… C’est Jean qui m’a parlé de ce que j’avais fait…
-    Et il t’a dit quoi ?
-    Que j’avais eu le malheur de régurgité la vodka que j’avais bue sur tes chaussures…
-    Et de m’allumer comme une malade ?

    Quoi ? J’ai fait ça ? Moi je l’ai allumé ? Non… Jean me l’aurait dit… Il doit se payer ma tête. Oui, oui, c’est ça, il se paye ma tête. Dans un instant il va se mettre à rire en me disant qu’il plaisante… Bah alors ? T’attends quoi pour te mettre à te foutre de ma gueule ? Oh non ! Je l’ai vraiment fait…

-    Plus jamais d’alcool… Plus jamais…
-    Pourquoi ?
-    Ben parce que je fais les pires conneries quand j’ai du sang dans mon alcool…
-    En même temps…

    En même temps quoi ? Ne fais pas durer le suspens bon sang. Pourquoi tu t’es arrêté en plein milieu de ta phrase triple andouille ?

-    Quoi ? Commencé-je à m’énerver.
-    Je ne t’aurais jamais rencontré ce soir-là si tu n’avais pas bu. Je ne t’aurais jamais trouvé à croquer et je ne t’aurais jamais embrassée.
-    Tu veux dire…
-    Que j’avais déjà craqué sur toi ce soir-là… Oui.
-    Alors, pourquoi ces réflexions ? Enfin je veux dire… Bref, tu vois.
-    Tu n’es pas la seule à vouloir se protéger.

    Je viens de passer de l’énervement à la béatitude puis de l’énervement, à nouveau, à l’interrogation en quelques minutes.

Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de me revoir ? Pourquoi ne pas avoir dit qu’il était attiré par moi ? Pourquoi m’avoir laissé m’énerver et dire ce que je ressentais alors qu’il pouvait le faire avant ? Pourquoi lui aussi a-t-il besoin de se protéger des autres ? Pourquoi avoir été aussi... glacial ?

-    Je dois vraiment y aller, Etienne m’a demandé de le remplacer plus tôt ce soir…

    Ne me laisse pas là avec toutes ces questions s’il te plaît…

-    Très bien…
-    Si tu veux on peut se voir demain.
-    Oui. Pourquoi pas ? Tu sais où j’habite maintenant…

    Il dépose un baiser, que l’on pourrait qualifier de chaste, sur mes lèvres en guise d’au revoir et me laisse plantée là comme deux ronds de flan devant ma porte. Même si une étape est franchie, il va rester un long chemin à parcourir avant de se faire assez confiance mutuellement pour s’ouvrir l’un à l’autre.
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